Après un été parfois caniculaire, la rentrée est marquée par la démission de Nicolas Hulot qui soulève des réactions immédiates et des prises de position en faveur d’une plus grande attention au devenir de notre monde. Un grand quotidien du soir publie un appel de 200 personnalités pour sauver la planète. Signé par des artistes et scientifiques français et étrangers on n’y trouve côte à côte des gens bien différents : une large majorité d’acteurs, Alain Delon y côtoie Catherine Deneuve, de chanteurs, de musiciens, de scénaristes, de gens de spectacle,  quelques philosophes et écrivains ou journalistes; les scientifiques universitaires souvent membre de l’Académie des sciences ou professeur au Collège de France représente 10 % des signataires et il n’y a pas un seul architecte, paysagiste , urbaniste ou professionnel des métiers de la ville : ingénieur de bureau d’étude, spécialiste ou consultant .

Aucun grand nom de la star–architecture, ni même un simple Grand prix de l’architecture ou de l’urbanisme, ni paysagiste vedette parmi les 220 premiers signataires. Rien.

Ce milieu, notre milieu ici à tous urbains, notre lectorat, n’existe pas ; nous n’avons aucune visibilité dans la société française à l’heure de la mondialisation (*). On aurait pu croire que quelques prix Prisker (le Nobel de l’architecture comme on dit), auraient trouvé là l’occasion d’affirmer leur présence et leurs convictions, mais non, on ne leur a même pas proposé, et voilà la véritable raison de la loi Elan, adoptée comme on sait dans l’indifférence des élus au début de l’été, le monde de la conception n’existe pas, à peine une cerise sur le gâteau. Les choses sérieuses se passent entre groupes financiers et groupes constructeurs. Et si l’on redécouvre parfois un créateur reconnu ou que l’on parle d’un jeune qui perce, c’est, le temps d’un article, une bonne action culturelle !

Face à cela, les intéressés restent divisés, sans cesse mis en concurrence par les modalités de l’accès à la commande et par la vieille tradition du concours héritée des Beaux-arts – ah si je gagnais cette fois-ci – offrant ainsi gratuitement des semaines de travail. Embrouillés dans des guerres fratricides les paysagistes et les architectes se disputent les projets d’urbanisme, jalousés par les consultants divers qui trouvent qu’ils en font trop. Chacun essaye de tirer à soi une couverture qui n’est plus qu’une peau de chagrin. Et pendant ce temps là, ailleurs, les majors du btp, rêvent de se passer encore un peu plus de nous.

Il serait temps d’exister autrement qu’en descendant dans la rue son té et son équerre à la main. Les professions de la conception architecturale, urbaine, paysagère associées aux ingénieurs et consultants du développement durable ne pourront exister que si, unies, elles font alliance avec les géographes, sociologues, historiens, philosophes et autres sciences humaines qui à leur manière tentent elle aussi de concevoir l’avenir des sociétés dans l’urbanisation mondialisée.

Isolées elles n’existent pas

 

Philippe Panerai

Photographie @ série La ville wabi-sabi – 1 / Stéphane Cordobes

 

(*) Cette absence se comprend d’autant moins quand on sait la part de dépense d’énergie, de matériaux, de terrain que représente l’urbanisation non maitrisée, la construction « à l’économie », la recherche du rendement à court terme.

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