En ces temps troublés

Première livraison de 2019, ce numéro 25, achevé en janvier, est d’abord l’occasion de vous présenter à tous, chers lecteurs, nos meilleurs vœux pour la nouvelle année. Et n’y voyez pas seulement une formule rituelle – le rite ne serait-il pas d’ailleurs une manière de ne pas oublier – mais un souhait sincère dans un monde troublé.

Oui, la septième année d’existence de notre revue s’ouvre dans un monde troublé. La mondialisation qui s’avance inexorablement sans qu’on n’ait guère trouvé de contrepoids à une financiarisation généralisée de l’économie soulève des inquiétudes et des réactions. L’inquiétude suscite le repli sur soi et l’apparition de gouvernements autoritaires et populistes dans des pays pourtant réputés démocratiques aussi bien en Europe qu’en Amérique (nord et sud) ; l’occident voit s’amenuiser la prééminence que lui avait donnée la colonisation sans avoir su profiter de l’avancée scientifique et technologique qui l’avait accompagné ; la démocratie semble hésiter, prise comme dans un étau entre l’impudeur des puissants et le populisme qui se nourrit des difficultés des plus démunis. À New York, nous révèle un grand quotidien du soir, le fondateur d’un fonds spéculatif vient de s’offrir un pied à terre de plus de 2 000 m2 avec vue sur Central Park pour 238 millions de dollars (210 millions d’euros). Une nouvelle caste mondialisée s’est constituée, déconnectée de la vie réelle, et insouciante. Et aucun signe, ici ou là, ne semble annoncer une prise de conscience qui conduirait à une nouvelle nuit du 4 août et à l’abandon (au moins partiel) de ses privilèges. L’écart continue de s’accroître. Les paradis fiscaux continuent de fleurir, certains jusqu’au cœur même de l’Europe qui se dit vertueuse. Tout va très bien madame la marquise…

En France, les gilets jaunes continuent d’occuper les ronds-points et les esprits. Ils occupent également une place non négligeable parmi les éditos de ce numéro et sont par ailleurs présents sur notre site. Cette présence obsédante n’est que la traduction des questions qu’ils nous posent car de la manière dont se conclura leur action dépend sans aucun doute l’avenir du pays. Et la crédibilité de son président se joue à sa capacité à rechercher l’apaisement plutôt que d’attendre l’épuisement.

À la suite des éditos, ce numéro 25 propose un entretien avec l’anthropologue Tamatoa Bambridge qui nous parle de la Polynésie et conclut par le souhait de voir « mieux adaptées les politiques aux besoins et aux attentes réelles des populations et des territoires ». Toute ressemblance avec des évènements récents ne serait que…

Le numéro s’achève avec un dossier « études urbaines, commande publique/commande privée » qui n’est pas étranger aux réflexions engagées dans le numéro 24 sur les formations en urbanisme face aux nouvelles demandes (« Les métiers de l’urbanisme sous tensions »), ce qui nous ramène encore à l’aménagement du territoire : centres et périphéries, autoroutes, ronds-points et… gilets jaunes.

Le numéro 26 qui suivra reprend la même question sous un autre angle : voyons-nous aujourd’hui les flux prendre le pas sur les lieux et la connectivité prendre davantage d’importance que la centralité ? Il est l’occasion de préciser comment nous pensons aujourd’hui ces notions et si ce changement a des conséquences sur nos manières d’envisager les actions d’aménagement. Il nous pousse à regarder avec un œil neuf ce que nous appelons des infrastructures, des autoroutes au TGV, d’internet aux data centers. Il devrait logiquement vous parvenir au printemps.

Le numéro suivant, qui sera élaboré conjointement avec l’École urbaine de Lyon, sera un numéro double, 27-28, construit autour d’un dossier substantiel consacré à la Chine. On se souvient que 2018 avait consacré un dossier aux « Nouvelles routes de la soie », interrogeant ainsi les stratégies de la Chine pour redéfinir son rôle dans une économie mondialisée. Dans le futur dossier qui a fait l’objet d’un premier comité de rédaction commun tenu à Lyon fin janvier*, nous nous concentrerons sur la Chine elle-même, le pays le plus peuplé de la planète, saisi à partir de plusieurs angles : territoire et urbanisation ; la question du nombre ; démographie, démocratie et gouvernance ; préoccupations patrimoniales et inquiétudes environnementales…

Outre les dossiers qui donnent à chaque numéro leur personnalité, Tous urbains continue à alterner des entretiens en relation directe avec le thème du dossier tandis que d’autres font référence à diverses questions qui traversent notre société urbaine. Ainsi, l’entretien avec Jean- Pierre Duport préfigurait d’une certaine manière les questions de ce numéro-ci sur l’évolution de la commande tandis que celui avec Joan Busquets était directement relié au thème de la formation en urbanisme qu’il éclairait d’une expérience double à Barcelone puis à Harvard. Celui présenté ici avec l’anthropologue Tamatoa Bambridge nous conduit en Polynésie ; il suggère d’ouvrir la question de notre territoire national face à notre histoire coloniale et constitue de ce fait un appel pour de futurs dossiers.

Comme nous l’avions annoncé, la mise en route du site tousurbains.com qui nous permet de réagir plus rapidement aux faits de l’actualité et d’échapper aux contraintes du format nous a conduit à y transférer la rubrique lecture créée en 2017. Elle comprendra notamment le compte rendu de trois ouvrages : Rémy Ailleret, Poétique de la ville, urbanisme et architecture, Dijon, Éditions universitaires de Dijon, 2018 ; Chantal Callais, L’échoppe de Bordeaux, Bordeaux, La geste, 2018 ; Christian de Portzamparc et Philip Jodidio, Portzamparc buildings, New York,
Rizzoli, imprimé en 2017 mais sorti en 2018 à l’occasion de la remise à l’architecte du Premium imperiale à Tokio.

Ainsi, à l’automne, avec le numéro sur la Chine, s’achèvera l’année 2019. L’année 2020 inaugurera une nouvelle décennie et nous entraînera vers de nouvelles aventures.

Enfin, toutes nos excuses en ce qui concerne dans notre dernier numéro l’établissement de rattachement de Frank Dorso mentionné par erreur, il s’agit de École d’urbanisme de Paris et rien d’autre.

Philippe Panerai

* Le comité de rédaction du n° 27-28 s’est tenu à Lyon dans le cadre du festival de l’École urbaine qui s’est déroulé du 24 au 31 janvier, dans les Halles du Faubourg autour du thème de l’anthropocène. Tous urbains participait également à ce festival par sa présence dans la librairie et une présentation-débat autour du numéro 24 : « les métiers de l’urbain sous tensions », dirigé par Michel Lussault et Guillaume Faburel.

Philippe Panerai

Accéder à Tous urbains n°25

S’abonner à Tous Urbains

-

Pour vous abonner à la newsletter c'est par ici !