Que dire après un week-end de confusion marqué par des violences complaisamment mises en scène ?

Une évidence d’abord : inconnus il y a un mois, les gilets jaunes sont aujourd’hui porteurs d’une question qui domine la politique française : celle d’une certaine forme d’égalité, voire même de fraternité pour reprendre les termes de notre devise nationale … ils déjà ont acquis la liberté, celle d’exister, de se reconnaitre, de se rassembler.

Bien sûr il y a eu des violences et des dégats, insupportables , condamnés par la plupart d’entre eux et dont il faudra bien un jour se demander comment et d’où ils proviennent. La maire du XVI ème arrondissement peu suspecte de sympathie gauchiste déplore que la préfecture de police ne l’ait pas écouté pour prévenir ce qui, disait-elle, était absolument prévisible, y a-t-il une part de vrai dans ses propos ou sommes-nous retombés dans les tactiques des partis  toujours prompts à tirer parti des difficultés de leurs adversaires ?

Le citoyen moyen, vous, moi, éprouve des difficultés pour savoir vraiment ce qui s’est passé. On a vu des casseurs et des pillages comme depuis quelques temps à l’occasion de toutes les manifestations. Sont-ils plus nombreux et en partie issus des gilets jaunes les plus radicaux ? La convergence des médias pendant le week-end du 1er décembre, et la semaine qui a suivi, les images qui tournent en boucle inlassablement, la dramatisation pour quelques graffiti sur l’arc de triomphe, profané !!! on aurait aimé un peu plus de retenue, La République en a vu d’autres.

Bien sûr les partis sont à l’affut, Mélanchon le premier qui voit à juste titre des parentés entre les doléances des Gilets jaunes et les positions de la France insoumise et trouve dans cette actualité un bon moyen d’éviter le débat sur la démocratie à l’intérieur de son propre parti, Marine Le Pen qui tente à cette occasion de sortir de l’oubli dans lequel l’a plongé sa défaite à la présidentielle et se lance dans une défense des services publics que n’auraient pas désavoué bien des militants marxistes. Et le spectre d’une rencontre entre les populismes de droite et de gauche plane d’autant plus fort que le climat mondial a viré dans cette direction.

Je ne minimise pas les risques mais pour moi la question n’est pas là. Les Gilets jaunes disent leur désarroi et leur indignation : que notre monde est entré dans une spirale infernale où seul compte le profit, un profit maximum à court terme, un monde où plus aucune morale n’existe quand il s’agit de gagner davantage. Un monde où quelques grands patrons qui ont sous prétexte de rationalité mis au chômage 600 ou 3000 salariés empochent, leur sale boulot achevé, des parachutes dorés qui se comptent en millions d’euros et l’exhibent sans vergogne quand des millions de Français sont à 50 ou 100 euros pour finir le mois.

Voilà ce que disent les Gilets jaunes, et voilà pourquoi les Français les regardent avec sympathie.

Sans doute la réponse n’est pas facile, mais le long silence du pouvoir nous a laissé un goût amer.

Philippe Panerai


Photographie ©Stephane Cordobes

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